Histoire de la Langue Internationale Ido

Une brève histoire de la recherche d’une langue mondiale.

Quand l’Ido est apparu au début du siècle, il était le résultat de plusieurs décennies de travail sur les langues artificielles. Pour cette raison, ses inventeurs n’ont pas tout le mérite de leur succès; Ils doivent beaucoup à leurs prédécesseurs dans ce domaine. Pascal, Descartes et Leibniz sont parmis les noms les plus célèbres associés à l’idée de langues artificielles. Mais nous allons commencer ici par l’inventeur de la première langue artificielle à susciter un phénomène de masse. Il s’agit du Père J. M. Schleyer, dont la langue était baptisée le Volapük.

Le Volapük est apparu en 1880, et a été suivi en une dizaine d’années par des centaines de milliers de personnes. Un grand nombre de livres et de périodiques apparurent en Volapük à travers le monde, mais après quelques années, son destin était scellé. Il est maintenant admis que la raison de ce déclin subit est l’insatisfaction de la plupart des personnes vis-à-vis de trop de ses caractéristiques. Beaucoup de ces éléments étaient complètement arbitraires, et les mots étaient des versions mutilées d’un vocabulaire européen courant, par exemple Italie devenait Täl, academie devenait kamen. Les gens commencèrent à se demander si un système plus naturel ne serait pas préférable, et arrivèrent à la conclusion qu’il le serait. Malheureusement, et pas pour la dernière fois dans cette histoire, l’inventeur n’était pas d’accord. Et ainsi s’achève la première partie de cette quête.

La bonne âme suivante à essayer de construire une langue complète fut un linguiste amateur polonais, le Dr. L. L. Zamenhof. Quand elle apparut en 1887, elle était appelée "Lingvo Internacia de la Doktoro Esperanto", mais deviens bientôt connue sous le simple nom d’Esperanto, qui était un mot de la langue elle-même, signifiant “celui qui espère”. Cette nouvelle langue était bien supérieure au Volapük, mais pris plus de temps pour réunir des adeptes. Pourtant dès 1900, elle supplanta le Volapük, et devint une langue artificielle. Dans ses premiers jours, l’Esperanto connut les mêmes problèmes que le Volapük : les gens commencèrent à remettre en question certains de ses caractères arbitraires. Tout d’abord, Zamenhof fut attentif à ces remarques, mais plus tard il devint, comme Schleyer avant lui, complètement opposé aux réformes.

L’événement suivant dans l’histoire de la langue mondiale fut la Délégation. Elle se réunit pour la première fois en 1900, et un comité fut fondé en 1907. Ce comité comprenait d’éminents linguistes, des scientifiques et des philosophes, et ils parvinrent rapidement à la conclusion qu’il n’existait alors que deux projets dignes d’intérêt. Le premier était l’Esperanto, inchangé depuis son apparition en 1887; le second était une langue appelée Idiom Neutral, qui avait été développée par l’ancienne Académie du Volapük. Cette dernière était très différente du Volapük, et était une réalisation basée sur l’ancien projet. La Délégation décida finalement de choisir l’Esperanto, mais en appliquant des réformes définies par le projet Ido, qui n’était alors connu que par le pseudonyme de l’auteur anonyme d’un nouveau projet, qui résumait les projets précédant la Délégation. Cette réforme prenait également en compte les progrès linguistiques effectués par l’Idiom Neutral.

Et c’est ainsi que naquit l’Ido. Le philosophe français Louis Couturat et ses collègues, dont l’inventeur Louis de Beaufront, travaillèrent à la perfection du système. Ils perdirent malheureusement dans ce projet le soutien des espérantistes, qui restèrent dévoués au"Fundamento" de Zamenhof, qui fixait à jamais les règles de bases de leur langue. La nouvelle langue Ido émergea rapidement comme une intéressante réalisation basée sur l’Esperanto. Parmi les problèmes les plus gênants résolus : le j lourd et peu naturel indiquant le pluriel, utilisé dans aucune autre langue (bien qu’il y ait une ressemblance avec le grec ancien); l’accord de l’adjectif avec le nom en genre et en nombre; les terminaisons obligatoires pour l’accusatif; et les lettres accentuées impossibles à imprimer. Couturat révisa de plus intégralement le système de dérivation de l’Esperanto, pour produire un système plus précis, car chaque affixe (voir le Cours plus bas) avait une signification définie qui ne pouvait pas être “déformée”, et le principe global d’ajout d’affixes aux mots était totalement réversible. Cela signifiait que l’Ido était en même temps plus simple, plus précis et plus puissant que l‘Esperanto ; c’était une étonnante réalisation.

En plus de ceux dont nous avons déjà parlé un certain nombre d’autres principes de langues complètes virent le jour. Un mathématicien italien du nom de Guiseppe Peano commença en 1903 à travailler sur une langue appelée Latino sine Flexione. C’était une version simplifiée du latin classique, où toutes les difficultés de terminaisons (déclinaisons) avaient été supprimées. Ce projet attira l’attention, principalement à cause de la réputation de l’auteur, mais ne connut pas un grand succès, et fut beaucoup critiqué. Pourtant cela n’était pas inutile, et Peano arriva à publier des textes dans cette langue.

Le plus important des autres projets était l’Occidental de de Wahl's, basé exclusivement sur des langues d’Europe de l’Ouest ; le Novial de Jespersen, une réalisation extraordinaire, qui a depuis évolué en deux versions ; l’Interlingua de la IALA, qui a plus tenté de codifier les éléments communs dans les langues européennes que de créer une langue ; et le Glosa, un ancien projet remis à jour qui tente de créer une langue internationale utilisant le moins de mots possible. Parmi toutes ces langues nous n’avons pas précisé pourtant que c’est l’Esperanto et non l’Ido qui compte le plus d’adeptes à l’heure actuelle. Dans le dernier paragraphe, nous allons tenter de comprendre pourquoi, et si cela va probablement continuer ainsi.

L’Esperanto continue aujourd’hui à satisfaire des millions d’adeptes (bien que le nombre de personnes le parlant réellement soit un autre problème), alors qu’aucune autre langue construite ne peut en dire autant. La raison est que l’Esperanto n’a jamais perdu ses adeptes après la “vague” initiale, contrairement au Volapük. La boule de neige a continué à rouler et à emmagasiner plus de neige, et aucune autre langue n’a été capable d’endiguer ce phénomène. Pourtant, les problèmes mentionnés précédemment n’ont pas disparu, mais sont restés juste sous la surface du mouvement esperantiste, prêts à émerger à tout moment. Je crois que l’Ido est une langue supérieure, et c’est pourquoi j’ai placé cette page au lieu d’apprendre simplement l’Esperanto. Mais mon intention n’est pas d’entailler les joies de la communauté espérantiste, mais plutôt de rendre public le fait que l’Esperanto n’est pas, et ne peut pas être, le mot de la fin dans la quête d’une langue mondiale.

Ce texte a été réalisé avec l’aide du livre d’Otto Jespersen, "An International Language" (George Allen et Unwin), et du livre de Henry Jacob, "A Planned Auxiliary Language" (Dennis Dobson).

James Chandler 1997.

Traduction de Raphaël Pinson.


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