RAPPORT OFFICIEL DU COLONEL JEAN DE BUTLER SUR LES OPERATIONS DE LA LIBERATION DE LA CORSE EN 1943 PAR LE 1ER REGIMENT DE TIRAILLEURS MAROCAINS





Pour sa conduite heroique lors de la prise du col de San Stephano, la 1ere compagnie a ete citee a l'ordre de l'Armee.

"Magnifique unite qui au cours d'une audacieuse operation de nuit a enleve le 30 septembre 1943 la position du col de San Stephano, solidement tenue et organisee. A, par son action digne des plus beaux faits d'armes des Troupes Marocaines, ouvert la route a notre progression."

"A en outre cause un prejudice considerable a l'ennemi, qui a laisse entre nos mains 3 morts, 11 prisonniers dont 1 officier, 2 canons de 75, 7 vehicules automobiles, une quantite considerable d'armement, de vivres et de munitions."

Signe: Charles de Gaulle.







9/1/1943:Colonel de Butler, Chef de Corps du 1er Tirailleurs Marocains.

Chevalier de la Legion d'Honneur 20/6/18, Officier de la Legion d'Honneur 17/12/33, Commandeur de la Legion d'Honneur 15/11/46, Croix de Guerre 14/18, Croix de Guerre T.O.E., Medaille Coloniale avec agrafe "Maroc", Commandeur du Ouissam Alaouite Dahir #2010 17/8/34, Officier du Nicham Iftikar.



Rapport sur les operations du 1er R.T.M. en Corse depuis le depart d'Ajaccio des premiers elements le 21 septembre 1943 jusqu'a la prise de Bastia le 4 octobre 1943.





Reference: Carte Italienne au 1/50.000



1-CONCENTRATION DES ELEMENTS DANS LA REGION DE CASTA.



Le 21 septembre a 23 heures, le Chef de Bataillon Boulangeot Cdt le III/1 R.T.M., son etat major, la C.R.3., la 9e et la 10e compagnie sont embarquees par voie ferree a Ajacaccio et son diriges sur Corte ou ils sont mis a la disposition du General Louchet, Commandant l'I.D. 4, qui est designe pour prendre le commandement du Groupement Nord. Les 11e et 12e compagnies partent a leur tour le 22 septembre a 22 heures pour rejoindre leur bataillon.

Le 23 septembre a 13 H.30, Corte est bombarde par l'aviation Allemande. Le capitaine Jacqueme, commandant la 10e compagnie, l'aspiran Rouchon, l'adjudant de Sard, le sergent major Lamorlette, tous de la 10e compagnie sont blesses.

Le 25 septembre a 15 H.00 le 3e bataillon est transporte en camions de Corte sur Casta ou il arrive le 26 au petit jour (Itineraire: Ponte Lecia , Belcodere, Ostriconi).

Le 26 septembre au petit jour le 3e bataillon se porte au carrefour E. de Monte Guppio ou il recoit pour mission d'occuper la Cima Di u Buttogio et les mouvements de terrain des cotes 110 et 227. Dans l'apres midi le General Cdt. Le groupement nord dont fait part le 1er R.T.M. donne l'ordre au Commandant Boulangeot d'occuper le village de Rapale, situe a 18 km du carrefour de Monte Guppio sur la route du col de San Stephano. Le Commandant Boulangeot y porte les 9e et 10e compagnies, la section de 37 et un groupe de mortiers de 81 sous les ordres du Capitaine Lepage Adjudant Major. Le mouvement s'execute a partir de 21 H.30 sans incidents.

Le Colonel et l'E,M arrivant a Casta a 22 H.00. Dans la nuit du 26 au 27, le 1er bataillon, la C.H.R, la C.M.R. et 2 sections de la C.A.C rejoignent Casta par la route . Les unites se repartirent sous les couverts de la route Casta Monte-Guppio.

Le 27 septembre entre 11 H.00 et 12 H.00 l'artillerie Allemande du Col de Teghime tire sur Casa Blaomi ( 2km. Est de Casta) Deux obus eclatent au P.C. du 1er bataillon sans causer de pertes, un autre tombe sur la 3e compagnie (Lieutenant quillovy) et fait un mort et deux blesses.



2-CONTACT DE SAN STEPHANO. (1er et 2e bataillons)



Le Colonel de Butler, Commandant le G.T.I. recoit l'ordre du General commandant le groupement nord. (ordre sans numero du 27 septembre) de s'installer dans la zone Vallecalle, Rapale, Murato afin de s'assurer une base de depart solide en vue de l'action ulterieure visant Bastia sur l'axe San Stephano-San Antonio-Furiani en debordant par le sud le col de Teghime.

En consequence, le Colonel transporte dans la soiree son P.C. a Pieve. Il donne l'ordre suivant ( ordre #1 pour la nuit du 27 au 28):

3e bataillon: occuper dans la nuit le plateau situe entre Rapale et Murato tout en continuant a tenir Rapale. 1er bataillon: occuper le col au sud de Pieve, son gros etant a Astigliari.

Les bataillons doivent se couvrir par un reseau d'avant postes et tenir leur gros en reserve en vue de manoeuvres ulterieures que necessiterait la situation. Les unites Regimentaires, le P.S.R. et la section du genie mise a la disposition du regiment se portent a Pieve (sauf le detachement de la C.A.C. aux ordres du Lieutenant Scheibling qui recevra des ordres ulterieurement.). 120 mulets Italiens brides et 44 cammionettes de 1 tonne sont misent a la disposition du regiment pour ses transports et sont repartis entre les unites (30 camionnettes seulement rejoignent). Le mouvement s'execute dans la nuit sans reaction de la part de l'ennemi. Il est termine le 28 a 5 heures du matin.

Le 27 a 14 heures, une patrouille Allemandes venant de Vallecalle est arrivee au contact de la 9e compagnie ( Capitaine de Verot) a la coupure du pont de Guinca ; elle s'est repliee en desordre sous le feu des F.M.abandonnant 1 mort. ( Le lendemain deux des Allemands appartenant a la meme patrouille sont fait prisonniers au meme endroit; deux mitrailleuses legeres, plusieurs fusils et de nombreux equipements sont ramasses sur le terrain).

Le 28 septembre, la liaison est prise dans le matin entre le 1e et le 2 bataillon; ce dernier occupant Murato a 3 heures ainsi que le carrefour de San Michel sans reactions de l'ennemi, la 9e compagnie (Capitaine de Verot) installes defensivement derriere la coupure du ruisseau a 1 km. Est de Rapale avec une section et le groupe de mortiers de 60 sur la cote 478, envoie a 4 H.30 l'Adjudant Chef Arnaud et deux groupes de F.M. reconnaitre le village de Vallecalle avec mission:

a)de renseigner sur le dispositif et l'importance des forces ennemies occupant le village.

b)Si le village est libre, de s'installer defensivement a la lisiere est de la localite et rendre compte aussitot.

La patrouille s'avance prudemment sans s'ecarter de la route qui lui sert de guide; elle atteint successivement la partie sud du village (Fussia), le cimetiere et l'eglise sans rencontrer l'ennemi; continuant sa progression elle se trouve brusquement en contact de l'ennemi qui ouvre le feu a 150 m. La patrouille riposte immediatement. Arnaud repere 2 mitrailleuses lourdes, un mortier et des canons tractes.

Sa mission est remplie, il doit se replier mais le jour qui se leve rend le decrochage difficile; 1 tirailleur est blesse au bras. En se couvrant par le feu des mitraillettes et des F.M. Arnaud reussit a se degager en direction du sud et rejoint son unite par Prunetta, la cote 441, le ravin de Murato.

Un soldat Allemand fait prisonnier, le 29 a Vallecalle et qui a ete blesse le 28 par la patrouille d'Arnaud a declare que l'ennemi avait ete surpris par l'action de cette patrouille et que ce court combat lui avait coute 4 morts et 7 blesses.

La 9e compagnie subit au cours de la journee des tirs de canons et de mortiers ennemis.

Dans la soiree deux batteries Italiennes de 75 de montagne ( 7e et 9e batteries sont mises a la disposition du Colonel Commandant le G.T.I. ainsi que le Capitaine Pigard du 3/69e RA.Officier Francais d'artillerie de liaison aupres du Cdt.du groupe Italien.

3-PRISE DE VALLECALLE ET DU COL DE SAN STEPHANO





Defense du col de San Stephano (3e et 1er bataillons)

29 septembre: conformement a l'ordre d'operation #14/ss du 28 septembre 1943 du General Commandant le G.N. qui fixe la mission du G.T.I., le Colonel de Butler prend dans la matinee la decision suivante:

Ordre# 4685/s du 29 septembre 1943. 1er Bataillon: sans attendre l'arrivee de ses mulets (qui ne l'ont pas encore rejoint) se portera a Rutali: mission:

a)Defendre le village et la route qui y accede

b)se mettre en mesure de battre avec ses mortiers de 81 le carrefour des routes du Col de San Stephano.Il poussera 2 compagnies aux ordres du Capitaine Girard sur le plateau 536 et une section au Monte Rosso.Mission de ce groupement: interdire les deux routes venant de l'Est et se dirigeant vers le col de San Stephano.

2eme Bataillon: S'installer sur le plateau cote 654 (Eglisadera), cote 708. Mission: En reserve, se couvrira par des avant-postes. Le 2eme Bataillon, dont les derniers elements rejoignent Eglisadera le 29 a 8 heures 30 a quitte Pietralpa la veille a la tombee de la nuit par une pluie battante, la montee du col de Tente a ete extremement penible, les hommes sont tres fatigues, les mulets sont tombes plusieurs fois au cours de la marche. Arrive au Col de Tente, les guides du village se sont perdu si bien que les unites ont ete obliges de s'arreter et d'attendre le jour pour reprendre la progression.

3eme Bataillon: se tiendra pret a profiter du mouvement du 1er Bataillon pour occuper la croupe Sud Ouest du carrefour des routes col de San Stephano, en passant par la route Sud Murato- San Michel.

Les 2 batteries de 75 se porterent a Murato ou elles chercherent des positions en mesure de battre le col de San Stephano. Tous les elements anti-chars doivent rejoindre le regiment au debut de la nuit du 29 au 30.

P.C. avance du Regiment a Murato le 29 a partir de 15 heures.

A 13 heurs 15 les premiers elements du 1er Bataillon abordaient Rutali qui est occupe a 15 heures sans reaction de l'ennemi.

Le 3 ° bataillon reprend sa progression à 13 H 30 mais se trouve violemment pris à partie par des tirs de mitrailleuses et de mortiers partant de la croupe de PRUNETA, ainsi que par des tirs d’artillerie venant du col de SAN STEPHANO. La 10 ° compagnie installée sur la croupe ouest de SAN MICHEL à sa droite a la route,a sa gauche les ruines de LARETE. L’objectif de cette compagnie est la crête de PRUNETA ( entre l’église de VALLECALLE et la route). Le mouvement doit se faire en liaison à droite avec la 2° compagnie. A peine les sections de tête ont-elles traversé la route de RAPALE qu’un tir de mortiers et de mitrailleuses se déclenche, faisant 1 tué et 1 blessé ; les mortiers de 60 font un tir de neutralisation sur l’objectif et sur PRUNETTA ; la progression continue par bonds assez rapides sous la protection des feux de la 2 ° compagnie ( Capitaine LALLEMAND) qui, partie de MURATO en direction de CIMA ALLA REPARETA a pu atteindre sans difficulté ses objectifs en profitant de cheminements qui l’ont mis à l’abri du feu des armes ennemies et a pris sous le feu de ses mitrailleuses et de ses mortiers les résistances qui gênaient l’avancée de la 10 ° compagnie.

A 17 H45 les objectifs sont atteints.

Le 1 bataillon exécute des tirs de mortiers sur SAN STEPHANO pour aider la progression du 3 ° bataillon. Le feu est ouvert à 17 H sur un rassemblement de camions à proximité du col. A 18 H30 l’ennemi réagit violemment et la cote 556 est fortement pilonnée par un tir de 75 venant du col ; 2 tirailleurs sont tués, 2 autres blessés. A 17 H 30, le 1 ° bataillon suite à la proposition faite au Colonel par le Commandant Soleilhavoup, reçoit l’ordre de se porter en entier à la cote 556 , de tenter une action de nuit sur le col de SAN STEPHANO, et de poser des éléments pour couper la route de LANCONE. Il ressort en effet que l’objectif principal de l’opération est le carrefour des routes de SAN STEPHANO qui commande d’une part, l’accès à la mer par le défilé du LANCONE, d’autre part, la transversale OLETTA- col de TEGHIME encore utilisée par les allemands. L’observation et les déclarations des civils, qui signalent une activité assez grande de l’ennemi au col et à ses abords et une défense bien étoffée en moyen de feu puissants et très mobiles, confirment l’importance que l’ennemi attache à sa défense.

La 1 ° compagnie (Capitaine MORAND) reçoit alors la mission de s’emparer de nuit du col. Il est 18 H .Il reste au Capitaine MORAND une demi-heure de jour pour étudier et préparer son affaire. Il dispose de ses 3 sections de voltigeurs, de sa section de mitrailleuses et d’engins ; les munitions sont portées à dos par des hommes, aucun moyen d’allègement n’ayant pu être procuré. Un guide fourni par la population de RUTALI conduira l’unité jusqu’au abords de son objectif. Le départ est fixé à 18 H 45. Le terrain se présente de la façon suivante : un ravin orienté OUEST-EST dans lequel coule la rivière Revinco et qui se dirige vers le défilé de LANCONE . RUTALI se trouve sur les pentes SUD de ce ravin, le carrefour de SAN STEPHANO se trouve au- delà des pentes NORD. Un sentier étroit et défoncé mène de la région de RUTALI au Revinco, cette rivière peut-être franchie par un vieux pont ; à partir de ce pont un chemin étroit mais de tracé net monte l’autre pente du ravin et aboutit à 200m EST du carrefour de SAN STEPHANO sur la route du défilé de LANCONE. A cet endroit le chemin est encaissé, il s’arrête sur la route à hauteur d’une maison isolée à toit rouge . Seules les dernières centaines de mètres de ce chemin traversent un chemin dénudé.

Les chefs de sections reçoivent chacun leur mission : après la conquête du carrefour, la 1 ° section doit se porter à l’EST sur la route du défilé ; la 2 ° section face à l’OUEST sur la route de VALLECALLE ;la 3 ° section face au NORD sur la route d’OLETTA. La section de mitrailleuses doit se porter au carrefour en soutien de la compagnie et reste à la disposition du Capitaine. On met la main aux derniers préparatifs : le capitaine fait distribuer des grenades aux sections, qui, précédés par un guide civil se dirigent vers le fond du ravin parcouru par la Bévince , déjà reconnu par une patrouille à l’endroit du vieux pont. La compagnie y stationne,le temps pour le capitaine de recueillir du guide, avant qu’il ne le quitte , les derniers renseignements sur l’ennemi : une cinquantaine d’allemands disposant d’artillerie, de mortiers et de mitrailleuses seraient chargés de la défense du carrefour et de la maison isolée. Les cotes SUD OUEST du col seraient fortement tenues. La compagnie progresse encore d’une centaine de mètres le long de la rivière, atteint les ruines d’un moulin où elle se fixe en attendant les dernières instructions du Capitaine ; celui-ci précise une dernière fois les missions des chefs de Sections et fixe à une heure du matin le début du coup demain, espérant ainsi surprendre l’ennemi dans son sommeil. Après un repos de 3 heures veillés par des guetteurs, la compagnie s’apprête silencieusement au départ qu’elle exécute dans l’ordre suivant :

En tête la 2 ° section ( Sous-Lieutenant CHARBONNIER), derrière elle, le Capitaine et la section de commandement, puis la 1 ° section ( lieutenant HAMAOUCHE) ; en queue un détachement formé par la S.M et la 3 ° section (Aspirant RIAUD) aux ordres du Lieutenant DEHOLLAIN. Ce détachement distancé au départ, rejoint rapidement à la boussole. La progression s’effectue par une nuit noire, quelques gouttes de pluie tombent, aucun incident. Dès que le Lieutenant CHARBONNIER a rendu compte de ce que ses premiers éléments avaient atteint la route du carrefour au défilé ( à hauteur de la maison isolée) la fusillade s’engage, à la suite d’un coup de feu lâché par un « boujadi » ;la riposte allemande est si rapide ( moins d’une demi-minute) qu’il semble que ceux-ci alertés, ont silencieusement gagné leurs emplacements de combat. Les sections dégagent le chemin creux et bondissent sur leur objectif. La S .M. sur l’ordre du capitaine s’installe à proximité de la maison isolée pour protéger un repli éventuel. La fusillade éclate de partout . Deux canons en batterie sur la route à droite de la maison isolée tirent une vingtaine d’obus puis sont rapidement maîtrisés par le feu de la 1 ° section qui progresse en criant. Les servants abandonnent leur matériel et prennent la fuite. Le Lieutenant HAMAOUCHE installe un P. M. sur la route et avance vers L’est jusqu’à l’entrée du col en nettoyant le terrain. Pendant ce temps la progression des 2 ° et 3 ° sections est gênée par une fusillade nourrie en provenance des maisons en ruines du carrefour. Un tirailleur contourne les ruines qu’il arrose de grenades, la réaction ennemie faiblit un court instant que les sections mettent à profit pour pousser au corps à corps. Les ruines restent entre nos mains, tandis que l’ennemi se replie à la faveur de la nuit. Les sections occupent alors les emplacements qui leur avaient été fixés. Une nouvelle résistance se révèle à ce moment dans la maison isolée qui avait semblé jusque là déserte. Le lieutenant DEHOLLAIN qui avait accompagné la 1 ° section dans sa progression pour placer ses mitrailleuses face au défilé essuie des coups de feu alors qu’il revient chercher ses hommes. Il vide un chargeur de mitraillette à l’intérieur de la maison et se dégage avec son agent de transmissions qui est blessé ; un chef de pièce de mitrailleuse vient d’être tué dans les memes condition. Le Sergent GROGNU arrive alors en renfort et tire des grenades à fusil qui éclatent dans la maison pendant que le Lieutenant DEHOLLAIN arrose les ouvertures avec sa mitraillette. Les occupants font mine de se rendre, mais accueillent les nôtres par une volée de grenades. Le Lieutenant DEHOLLAIN tente alors de mettre le feu à la maison à l’aide de bidons d’essence précédemment repérés, mais ceux-ci percés de balles ne sont plus utilisables. Il décide alors d’utiliser l’un des canons pris par la 1° section ; l’un d’eux est amené et mis en batterie, la pièce est prête à tirer quand un officier allemand, sorti de la maison les bras levés, demande aux français à se rendre. Il est suivi par le reste du poste, plusieurs sont blessés aux jambes par les grenades à fusil.

L’affaire est terminée : il est 3 H 15. un compte rendu du capitaine est envoyé aussitôt par radio au Chef de bataillon.

Les sections font face aux directions désignées au départ. Le capitaine a installé son P.C dans la maison isolée, lorsque du bruit est entendu au premier étage. L’ adjudant JABET se précipite, suivi du Lieutenant DEHOLLAIN et de quelques tirailleurs. A la première sommation, 2 allemands apparaissent les bras levés ; ils déclarent ne pas être armés, mais fouillés, ils sont trouvés porteurs de grenades, cousues dans leur chemise. Vers 8 Heures une corvée d’eau envoyée au ravin par la 1 ° section est accueillie à coups de feu et de grenades. Le Lieutenant HAMAOUCHE part aussitôt avec une patrouille et recueille 2 allemands échappés au combat de la nuit. Vers 10 H deux autres allemands cachés dans le maquis sont débusqués par nos tirailleurs et faits prisonniers. Vers 11 H 30 le même sort est réservé à 3 autres soldats allemands.

Bilan de l’opération :

11 prisonniers, dont 1 officier et 2 sous- officiers.

3 tués du coté de l’adversaire.

Le matériel suivant a été pris :

2 canons de 75

3 camions de 5 tonnes

2 voitures de commandement, chargée de matériel d’optique et d’artillerie

2 véhicules légers détériorés.

1 dépôt de vivres, de munitions, d’explosifs et de matériel de couchage.

Enfin, à la suite de la prise du col les détachements occupant les positions situées à l’OUEST de ce dernier se replient sur la montagne.

En même temps qu’il confie à la 1 ° compagnie la mission de prendre le col de SAN STEPHANO, le commandant Soleilhavoup donne l’ordre à la 4 ° compagnie ( Capitaine DAVEZAN) de se porter sur les pentes SUD de LANCONE à la hauteur des mines de cuivre pour :

1) Interdire toute circulation sur la route, couper la route aux éléments qui se replieraient de SAN STEPHANO sur LANCONE et intercepter les renforts sur cet axe.

2) Reconnaître la destruction préparée par les allemands à cet endroit sur la route ( charge de t mines) et la faire sauter en cas d’attaque par les chars.

La 4° compagnie s’installe définitivement à minuit sur l’emplacement qui lui a été fixé, mais faute de moyens elle ne réussit pas à faire sauter le dispositif de mines. Une patrouille envoyée dans ce but ( Sergent-Chef GRAZZIANI tue un allemand et fait un prisonnier.)

30 septembre Une patrouille envoyée à l’aube à VALLECALLE par la 10 ° Compagnie trouve le village évacué par l’ennemi et rapporte le matériel suivant :

2 mitrailleuses, 1 trépied, des munitions diverses, des Tell à mines et une liasse de documents.

Le col de SAN STEPHANO occupé dans la nuit par la I ° compagnie, reste tenu par elle.

Conformément à l’ordre général d’Opération N°1 du Général commandant le G.N, le Colonel de BUTLER procède à la mise en place des unités en vue de la reprise de la progression en direction du col de SAN ANTONIO et de la cote 402. ( Ordre d’Opération N° du 30 septembre 4 H 30) .

A 8 H 30, l’observatoire du I ° bataillon signale que plusieurs chars et des camions transportant de l’infanterie progressent sur la route de LANCONE en direction du col de SAN STEPHANO. Le Colonel averti à 9 H 45, annule l’ordre de mouvement donné le matin et prend toutes dispositions pour conserver le col de SAN STEPHANO.

Le 1° bataillon reçoit l’ordre de rester sur les emplacements qu’il occupait précédemment.

Le 2° bataillon, qui a fait mouvement dans la nuit du 29 au 30, d’EGLISADERA à MURATO reçoit l’ordre :

a) de gagner la base de départ SAN MICHELE-PRUNETA coude de la route 1 .200 m EST de PRUNETA.

b) d’atteindre en liaison avec la compagnie MORAND, la cote 346 et le lieu dit CROCE.

c) de reconnaître et nettoyer au besoin VALECALLE.

d) Une fois 346 atteint de pousser une compagnie sur la CIMA DEL ZUCCARELLO(Cote 954).

Le 3 °bataillon tient la cote 415 et la croupe 800 m . EST de cette cote une batterie d’artillerie (7° batterie) est installée en D.C.B à PRUNETTA pour interdire la route débouchant du col de SAN STEPHANO. La C.M.R est au carrefour de SAN MICHELE.

P.C.R.I à MURATO

La menace d’attaque se précise dans la matinée ; les camions ennemis s’arrêtent à environ 3 Km du col. Des hommes en descendent , ils gagnent le maquis et s’infiltrent immédiatement dans les buissons au SUD de la route de LANCONE,pendant que de petits groupes progressent par la route de tournant en tournant.

Vers 9 heures, on a l’impression que les effectifs ennemis ainsi engagés se montent à environ 1 bataillon. Cette impression sera confirmée par 2 prisonniers qui déclareront par la suite que l’ennemi a engagé un bataillon et demi dans cette affaire.

A 10 H. le 2 ° bataillon reçoit l’ordre de suspendre son mouvement en direction de CIMA DEL ZUCCARELLO. Le chef de bataillon ( Commandant DESJOURS) est chargé de la défense du col, la 1 ° compagnie est placée sous ses ordres.

A la même heure, le 1° bataillon signale 2 automitrailleuses et 7 chars de différents modèles qui progressent sur la route en direction du col. La section de mortiers de 81 du bataillon (S/ lieutenant FASSI) ouvre le feu sur les chars en tournant de la cote 204, arrêtant leur mouvement en avant. Cette section continuera son tir jusqu’à la nuit malgré le bombardement et l’attaque d’infanterie qui, en fin d’après midi , mènera l’ennemi jusqu’à proximité immédiate de ses pièces.

Le régiment n’a toujours pas eu ses moyens anti-chars, depuis le 25 septembre, la section du S/Lieutenant DUBREUIL ( section anti-chars du 3 ° bataillon ) renforcée de civils volontaires, s’efforce d’établir une piste en dérivation de la coupure faite par les Allemands au pont de GIUNCIA afin de faire passer les canons de 37 et les jeeps ; dans l’après- midi du 25 , les Allemands ont bombardés systématiquement la portion de route où se font les travaux ralentissant considérablement ces derniers. Les sections anti-chars des 1° et 3 ° bataillons n’arrivent au col de SAN-STEPHANO que le 30 à 18H30 ; jusqu’à cette heure, la position du col est donc à la merci d’une attaque de chars, les rocket guns des unités ne fonctionnent pas ( piles humidifiées).

Dans l’après- midi, l’ennemi exécute des tirs sur les 1° et 2° bataillons, 2 messerchmidts mitraillent la croupe de PRUINTA, faisant 2 blessés à la 7 ° batterie italienne ; à 14 H. le 1 ° bataillon ouvre le feu avec ses armes automatiques sur un groupe ennemi qui progresse sur les pentes SUD-EST du mont PIZANI ;pendant tout l’après-midi, la cote 856 est particulièrement visée par le tir des mortiers et des chars ennemis. A 15 H 30 l’attaque paraît imminente. La 4° compagnie menacée d’être coupée du bataillon par une colonne progressant sur les pentes NORD de MONTE ROSSO décroche et rejoint le bataillon.

A 16 H l’attaque se déclenche, l’ennemi arrive au contact, mais il est arrêté par le feu.

A 17 H l’attaque semble stoppée et l’activité se résume à des tirs d’artillerie.

A 18 H l’ennemi se replie sous le feu des armes automatiques, le 1° bataillon a eu 3 tués et 4 blessés.

La nuit est calme, vers 22 heures une patrouille ennemie s’avance sur la route jusqu’au contact de la 1 ° compagnie. Elle est facilement repoussée.

Pendant cette journée, le régiment a tiré de nombreuses munitions de toutes sortes ; certaines unités réclament d’urgence leur recomplétement.

Par suite de la coupure de GIUNCIA , et de la route de MURATO à RIGOINO ( pont à 1 km. NORD-EST D’EGLISADERA qui interdisent le passage à tous les véhicules) le ravitaillement ne peut se faire qu’avec des mulets. Les 120 mulets italiens mis à la disposition du régiment suffisent à peine à transporter l’armement lourd des compagnies et quelques munitions. Le gros des munitions et des vivres sont transportées par des mulets rassemblés à grand peine dans les villages, qui font la navette entre la coupure de GUINCIA et les unités. Le régiment vit au jour le jour, le problème des transports devient de plus en plus ardu à mesure qu’il progresse vers L’EST .

Les unités sont fatiguées par les longs déplacements de nuit, la pluie persistante et les actions menées. Elles ont été allégées au maximum, elles ne peuvent par suite s’abriter des intempéries, les bagages n’ayant pu suivre.

IV - Mouvement sur :

a) ZUCCARELLO par Oletta( 2° bataillon)

b) SAN ANTONIO ( 3° bataillon)

Action au col de SAN ANTONIO

1° octobre :Tout danger semble écarté en direction de SAN STEPHANO. Les chars ennemis de la route de LANCONE se sont repliés. La défense anti-chars du col est solidement établie par :

a) un barrage de mines posé dans la matinée par la section du génie (Lieutenant BRUNO)

b) Par 2 sections de 37 en position au col

c) Par la batterie italienne de PRUNETA

L’ordre d’opération N°2 du Général Commandant le G.N en date du 30 Septembre fixe comme mission au G.T.I :

1°) maintenir solidement la position au col de SAN STEPHANO

2°) pousser en direction du col de SAN ANTONIO pour établir la liaison avec le G .T.2. qui a pris pied dans la soirée du 30 au col de TEGHIME, mais n’a pu s’y maintenir.

Le I° octobre à 5 H 45, le Colonel donne l’ordre suivant :

1° bataillon : Tenir le MONTE ROSSO ( I° section de la 4° compagnie) la cote 556 ( C.B.I, la 2°, 3° et le reste de la 4° compagnie) et le col de SAN STEPHANO (1° compagnie).La 9 ° batterie italienne est mise à la disposition à la cote 556 ( elle sera en place dans l’après- midi).

2° bataillon : diriger la section de montagne sur la CINA DEL ZUCCARELLO.Un groupement de 2 compagnies, aux ordres du capitaine BILLOT adjudant- major, se portera sur OLETTA et s’installera défensivement sur le MONTE AL POGGIO et MONTE DI TITA.

Mission : interdire le carrefour SUD d’OLETTA ( la section de 37 du bataillon est mis à sa disposition). IL poussera une section vers MONTICCELLO – OLIVACCIO ( débouché NORD de POGGIO D’OLETTA). Mission de cette section : surveillance et interdiction de la route de TEGHIME.

La section du génie est mis à la disposition du Capitaine BILLOT pour reconnaître les destructions de la route OLETTA –SAINT FLORENT et rendre compte des travaux à effectuer.Il importe en effet de rétablir au plus tôt un itinéraire permettant aux véhicules auto d’arriver à pied d’œuvre.

Au moment où la section de montagne du 2° bataillon, (Aspirant GODON) arrive sur la CIMA DEL ZUCCARELLO, elle se trouve brusquement au contact d’un poste Allemand qui tient la Cima. Un violent combat s’engage au corps à corps. l’Aspirant tue de ses mains le chef de poste, le reste des éléments ennemis est mis en fuite. Sa section à 2 blessés.

Le départ du groupement BILLOT de SAN STEPHANO a lieu à 8 H 15 , son mouvement se fait sans encombre OLMETTA et OLETTA étant vides d’ennemis. Le reste du 2 ° bataillon sous les ordres du Commandant DESJOURS tient les groupes NORD EST et SUD OUEST du carrefour de SAN STEPHANO.

A 12 H 30 le Colonel Commandant le G.T.I donne l’ordre n°5 suivant :

Mission du groupement : s’emparer du col de TEGHIME et de FURIANI en passant par le col de SAN ANTONIO.

Mission des unités :

a) 1° bataillon : défendre le col de SAN STEPHANO en occupant : LE MONTE ROSSO avec un groupe :

La cote 556 avec 2 compagnies et la batterie d’artillerie Le col de San Stéphano avec un groupement de deux compagnies et d’une section anti-chars aux ordres du Capitaine GIRARD.

Mise en place terminee le I°octobre 1943 à 19.00 heures

b) 2 ° bataillon : porter immédiatement tous les éléments restant à SAN STEPHANO sur la CIMA DEL ZUCCARELLO ( Etat major , C.B.2, 5° & 6° compagnies) par MONTE CALLO.

Après l’occupation de ZUCCARELLO se porter au col de SAN ANTONIO et y faire la liaison avec le 3° bataillon ( qui gagnera le col dans la nuit) et le détachement BILLOT.

Départ de SAN STEPHANO à 20 heures.

c) 3 ° bataillon : se porter au col de SAN ANTONIO en passant par OLETTA.Départ de VALLECALLE à 18H30.

d) C.M.R : suivra le 3 ° bataillon

e) Section du génie : se portera au col de SAN ANTONIO en passant par OLETTA. Départ de la position à 22heures.

g) P.S.R. :s’installera à OLETTA :Départ de MURATO le 2 octobre à 4 heures.

h) le P.C arrière et le centre de ravitaillement de PIEVE feront mouvement sur OLETTA dès que la circulation routière sera rétablie. Le centre de ravitaillement de CASTA restera sur place et pourvoira vivres et munitions sur OLETTA en passant par le carrefour de Saint Florent dès que la route sera praticable.

i) C.A.C : rejoindra OLETTA dès que la viabilité de la route le permettra.

j) P.C : avancé du régiment : à OLETTA à partir de 17 heures. Le mouvement s’exécute suivants les ordres prescrits.

2 octobre : Au lever du jour , le colonel et son P.C avancé se portent au col de SAN ANTONIO qui est tenu par : le 2 ° bataillon, face au col de TEGHIME entre MONTE ALLA TORRE et la cote 575 ( C.B.2., 5°& 6°compagnies. Le capitaine BILLOT et la 7° compagnie rejoignent le col vers 8 H 30 . La 8 ° compagnie est maintenue à OLETTA pour la défense du village.)

Le 3 ° bataillon entre MONTE GEMINI – cote 853) et ZUCCARELLO, face à FURIANI en regardant dans la direction de BIGUGLIA.

Le C.M.R : à 800 m, à l’OUEST col SAN ANTONIO et à 2O0 m de la piste. Artillerie : 7 ° batterie : à 1 200m. OUEST du col de SAN ANTONIO.

En réponse à la note 26/36 du Général Commandant le G. N au sujet de la liaison radio avec le G. T .I ., le Colonel de BUTLER envoie d’OLETTA le 2 octobre à 6 H . du matin un compte rendu sur la déficience des liaisons radio à l’intérieur du régiment ( déficience déjà signalée à plusieurs reprises par les bataillons depuis le 28 septembre.) Se référant à l’ordre particulier 25/09 du 1 / 10 /43 qui prescrit au G . T. I

a) de se tenir solidement au col de SAN STEPHANO.

b) de reprendre l’action prévue sur SAN ANTONIO et la cote 402, pour tendre la main au G.T.2 et faciliter la prise du col de TEGHIME :

Le Colonel adressera le 2 octobre à 6 H 20 un message au Commandant le G. N. pour lui demander qui montera et déclenchera l’action des G.T.I et G. T. 2 et en assurera la coordination.

A 10 H le Général répond d’exécuter les prescriptions de l’ordre général N°1 du 28 septembre dont les dispositions assurent la coordination demandée.

Dans la matinée du 2 à 9 heures , des éléments ennemis sont repérés sur les pentes EST du col de SAN ANTONIO dans une cabane de berger. Le Commandant du Bataillon charge la 12° compagnie ( Lieutenant CLERY-MELIN) de monter une action contre ces elements de facon a anihiler toute menace sur le flanc du bataillon en cours de déplacement vers le MONTE ALLA TORRE.Le Lieutenant CLERY-MELIN prend lui- même la direction des opérations qu’il mène avec l’aspirant LHULL . Profitant de l’appui violent et efficace des armes automatiques de la 5 ° compagnie ( capitaine DUCHATELLE), la section exécute son mouvement très rapidement à peine génée par deux ou trois coup de feu isolés. La cabane de berger est nettoyée et l’ennemi poursuivi. L’aspirant LHULL fait le premier prisonnier. Un deuxième sérieusement blessé à l’épaule est ramassé un peu plus loin. Le groupe du Sergent BULLER, en fait un troisième.

Retenant qu’il est imprudent de s’aventurer plus avant , le lieutenant CLERY-MELIN donne à la section l’ordre de s’arrêter ; les fuyards sont poursuivis par le feu des fusils et des F.M. Un allemand est tué , trois ou quatre sont durement touchés.2 mitrailleuses légères, plusieurs fusils , des grenades, de nombreuses munitions et des équipements sont ramassés sur le terrain.La section n’a aucune perte.

5 -Mouvement sur ALLA TORRE ET TEGHIME (2 ° bataillon)

A 13 H . le Colonel se porte avec son P.C avancé au MONTE ALLA TORRE et décide de pousser une compagnie du 2 ° bataillon sur la ligne de crêtes 750- 723.La 7 ° batterie vient se mettre en position au MONTE GEMINI, son observatoire étant confondu avec celui du régiment au MONTE ALLA TORRE.

La liaison à vue est faite à 16 heures entre le G.T.2 qui occupe la CIMA ORCAIO et la cote 662 et la 7 °compagnie (lieutenant GAUDRON) qui arrive à 16 H 30 sur la cote 723 provoquant le repli des éléments allemands qui tiennent la cote 605 ; Ceux-ci partent en petites colonnes en direction de FURIANI par le ravin de la rivière FIUMINALE où ils sont pris à partis par le feu des armes automatiques de la compagnie GAUDRON et de la batterie du MONTE GEMINI.

La cote 723 est donc déjà occupé quand le Général Commandant le G.N. prescrit au Colonel Commandant le G.T.I. s’y porter des éléments pour assurer la liaison avec le G.T.2. qui a repris pied sur 662.

Dans la soirée du 2 et pendant toute la nuit du 2 au 3 de nombreuses pièces d’artilleries ennemies repérées aux abords de Bastia tirent sans arrêt à obus fumants et percutants sur la ORCAIO, le col de TEGHIME, la cote 723, le MONTE ALLA TORRE et le ZUCCARELLO.. Tir peu efficace : la 10 ° compagnie à 1 tué et un blessé, par coup fusant sur le ZUCCARELLO.

Par suite de sa mission :

1)Assurer la position du col de SAN STEPHANO

2)Tenir le col de SAN ANTONIO

3)Assurer la liaison avec le G.T.2. sur 723.

Le G.T.I. se trouve très étalé et les liaisons sont de plus en plus difficiles. La liaison radio ne fonctionne plus qu’avec le 2 ° bataillon ; Le Colonel a les plus grandes difficultés à faire parvenir au Général Commandant le G.N. des précisions sur la situation de ses éléments.Il en possède aucun renseignement sur la situation à BIUGLIA ce qui l’oblige à se garder dans cette direction.

3 octobre : Au lever du jour, la 6 ° compagnie est poussée sur la cote 750 pour assurer la liaison avec la 7°. La 8° compagnie rejoint MONTE ALLA TORRE. La batterie de la cote 566 exécute des tirs de harcelement sur la route de BONIFACIO-BASTIA où des camions ennemis sont touchés. La batterie du MONTE GEMINI fait de la contre- batterie sur les pièces ennemies repérées au SUD du cimetière de BASTIA, des coups au but sont enregistrés. Les canons Allemands et l’artillerie des nombreux chalands de transport qui sont en rade de Bastia tirent sur la CIMA ORCAIO et sur le col de TEGHIME.

VI.- a) PROGRESSION SUR FURIANI- BASTIA (2°bataillon)

b) PROGRESSION VERS LA LAGUNE AU NORD DE BIGUGLIA (3° bataillon)

En exécution de l’ordre général d’opération N°3 du Général Commandant le G.N. pour la journée du 3 Octobre, prescrivant au G.T.2. de se tenir prêt à aborder BASTIA au SUD de la route de TEGHIME, le Colonel prend les dispositions suivantes :

Ordre préparatoire : 12 H 50 :

Les 1°, 2°,3° bataillons se tiendront prêts à faire mouvement chacun avec 2 compagnies et des éléments de la compagnie de Commandement comprenant :P.C., Transmissions et mortiers sous les ordres des chefs de bataillons.

Les compagnies restent en place sous les ordres des Adjudants-Majors prendront à leur compte la mission de leur bataillon.Les compagnies du I ° bataillon, un Etat-Major réduit, les mortiers, les transmissions, le Commandant et une des compagnies de la cote 566, se rendront immédiatement à 500 m. OUEST du col de SAN STEPHANO où le chef de bataillon recevra de nouveaux ordres.

Ordre de mouvement 15 H 30.

1°) Dès réception du présent ordre, le 3 ° bataillon prendra à sa charge, la défense de la position de ZUCCARELLO – ALLA TORRE qu’il occupera avec 2 compagnies.

2°) Une troisième compagnie du 2° bataillon sera rendue disponible pour recevoir une autre mission. Le secteur défensif à tenir par la compagnie du 2 ° bataillon restant en place sera compris entre la cote 723 et la cote 750 inclus.

3°) Le 2 ° bataillon enverra une reconnaissance d’une section dans le village de Furiani où elle s’installera si le village n’est pas tenu par l’ennemi.

4°) Les éléments du Ier bataillon rendus disponible en exécution de l’ordre précédant, gagneront CUNTTA dans les moindres délais. A ce point ils demanderont des guides pour atteindre le col situé entre le MONTE ALLA TORRE et le MONTE GEMINI, point de première destination où ils recevront de nouveaux ordres.

Dans l’après -midi l’aviation allemande bombarde et mitraille la CIRA ORCAIO et le col de TEGHIME, en arrière duquel une batterie Italienne à pris position.

En fin de journée, le G.T.I. tient le col de SAN STEPHANO, la cote 556, Le ZUCCARELLO, le col de SAN ANTONIO, la CIMA ALLA TORRE, la cote 750 et la cote 783. Les éléments légers sont installés à FURIANI ( I section de la 8 ° Cie.) et sur le mouvement de terrain à 3 km.EST DE ZUCCARELLO ( cote 200- 3° bataillon)

Dans la nuit le Général Commandant le G.N. envoie au Colonel Commandant le G.T.I un message chiffré lui confirmant l’ordre général d’opération N° 37/38 pour la journée du 4(cet ordre sera reçu seulement le 4 à 7 H ) Ce message ordonne de pousser des reconnaissances vers les lisières de BASTIA afin de préciser les résistances au sud de la ville ; les résultats de ces coups de sonde doit être adressé par radio le 4 avant 6H. En conséquence, le colonel donne l’ordre au 3 ° bataillon d’envoyer au cours de la nuit des patrouilles sur la route nationale d’AJACCIO à BASTIA, tandis que le 2 ° bataillon est poussé en entier à FURIANI où il arrive à 22H.

Journée du 4 : Dès 4 heures du matin, le 2 ° bataillon a des éléments légers aux portes de BASTIA, le gros du bataillon étant lui- même prêt à entrer dans la ville. La nuit est calme, aucun tir d’infanterie, ni d’artillerie. Par suite de la déficience des liaisons radio, on est sans nouvelle des reconnaissances envoyées sur la route nationale. Les éléments du I° bataillon visés par les ordres du 3 octobre, 12 H 50 et 15 H 30 ne sont pas encore arrivés au col de MONTE GEMINI et aucune liaison radio ne fonctionne avec eux. L’ordre d’opération pour la journée du 4 n’est pas encore parvenu.

A 5 H 30 le Colonel de BUTLER demande personnellement à la radio le Général Commandant le groupement Nord, il lui rend compte de la situation et précise que, s’il n’a pas pu avoir de renseignement détaillés sur les reconnaissances qu’il a poussées en direction de BASTIA, tout semble s’être bien passé étant donné le calme de la nuit.

Le général donne des renseignements sur l’action prévue pour la journée du 4 et indique que celle-ci se déclenchera simultanément à 8 heures pour le G.T.1 et le G.T.2.

Après cette conversation, le Colonel Commandant le G.T.1. se porte immédiatement à FURIANI où il prend contact avec le chef de bataillon commandant le II / I R.T.M L’acion ne devant être déclenchée qu’à 8 heures, le mouvement du 2 ° bataillon est retardé. Il entre dans BASTIA à 9 H 15 et s’arrête aux faubourg, la route de teghime délimitant les zones d’action entre le G.T. 1 et le G.T.2.

Du 23 septembre au 4 octobre les pertes du régiment se sont élevées à

15 tués

66 blessés

2 disparus.

Pendant la même période il a infligé à l’ennemi les pertes suivantes :

tués 8

blessés 13 (connus)

prisonniers: 1 officier , 2 sous-officiers, 15 hommes.

Il a capturé un matériel important :

Dont
3 camions

2 voitures de commandement

2 véhicules légers

2 canons de 75

de nombreux fusils et mitrailleuses, des équipements et de munitions.

P.C le 12 Octobre 1943.

Le colonel de Butler

Commandant le 1° R. T. M.

Lettre de remerciement du Colonel Jean-Jacques de Butler (1893-1984) au Commandant Chiarelli pour l'aide qu'il a recu des habitants de la region de Murato.





LES ENSEIGNEMENTS A TIRER DE LA CAMPAGNE DE CORSE DU 25 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE 1943





Les quelques réflexions consignées dans cette note ne font, en général, que rappeler la valeur, toujours actuelle, de certains principes.

Il n’a cependant pas paru inutile, à la lumière d’une courte expérience de faire ressortir une fois de plus la nécessité de les respecter.

La manœuvre de débordement par les hauts, facilitée par l’insuffisance des effectifs ennemis, a permis d’enlever, au prix de pertes minimes, puis de conserver malgré les réactions parfois vigoureuses de l’ennemi, des positions importantes dont la possession nous était indispensable pour atteindre BASTIA.

L’occupation préliminaire du MONTE ROSSO et de la cote 586 a permis l’opération du col de SAN STEPHANO.

L’occupation de la CIMA DEL ZUCARELLO en passant par le MONTE AL CALO a rendu impossible toute réaction sérieuse de l’ennemi sur le col de SAN ANTONIO.

L’occupation du MONTE ALLA TORRE puis de la cote 723 a provoqué la retraite précipitée des éléments ennemis qui tenaient en échec le G. T 2 au col de TEGHIME.

Une attaque de nuit à objectif limité et précis , prenant l’ennemi a donné de magnifiques résultats grâce à la surprise et à la brutalité d’une action menée par des chefs décidés et une troupe ardente. Ce genre d’opération doit être étudié et considéré comme normal.

Les mortiers de 60 et surtout de 81 ont joué un rôle capital. L’ennemi n’a jamais tenu devant une concentration de 81. Dans deux cas ( GIUNCA et SAN ANTONIO) il a pris la fuite abandonnant blessés, prisonniers, armements sur le terrain.

Il faut réduire le nombre des tubes pour augmenter la dotation en munition sans alourdir les T.C . En montagne une unité engagée ne doit pas compter sur le ravitaillement en munitions avant des délais très considérables.

Les tirailleurs repérant très rapidement l’emplacement des armes de l’ennemi. Il faut profiter de cette qualité pour réaliser une réaction rapide par armes automatiques et mortiers et obtenir ainsi immédiatement la supériorité par le feu qui permet de dominer l’adversaire et hausse le moral de la troupe.

La nécessité de l’entraînement physique des cadres et de la troupe doit être souligné une fois de plus.C’est en grande partie grâce à ses muscles que le régiment n’a subi que des pertes relativement faibles.

Une troupe qui n’est plus apte à combattre après un très gros effort physique ne peut manœuvrer en montagne.

Le brouillard, très fréquent en montagne, est un danger contre lequel il convient de se garder.Son apparition et sa disparition soudaine rendent impossible l’orientation et l’observation. Le terrain et les objets sont déformés , les distances ne peuvent être appréciées. Les troupes en mouvement risquent d’être surpris en situation défavorable ou dangereuse. Des méprises entre troupes amies peuvent causer des pertes ou des paniques.Lorsque le brouillard apparaît les troupes doivent s’immobiliser et se garder.

Les mouvements de nuit, surtout pour les trains muletiers, le camouflage, l’utilisation du terrain pour se préserver contre les attaques d’avion dans les terrains ou les travaux de campagne sont impossibles doivent entrer dans les réflexes de tous.

Il est indispensable que dans un secteur donné il n’y ait qu’un chef. L’action indisciplinée des corps francs et des patriotes a été une gêne constante. Dans deux cas elle a provoqué des méprises qui auraient pu avoir des conséquences tragiques.

En montagne, plus que partout ailleurs, le chef ne peut intervenir qu’en suivant le combat à vue. C’est de l’observatoire le plus favorable qu’il peut et doit commander.

P.C le 11 octobre 1943

Le colonel de BUTLER, commandant le 1° R.T.M





Remise de medailles au 1er R.T.M. par le Colonel de Butler en Corse 1943/1944.

NOTE RELATIVE AUX CONDITIONS DANS LESQUELLES LE I ° R.T.M. A PARTICIPE A LA CAMPAGNE DE CORSE DU 25 SEPTEMBRE AU 4 OCTOBRE 1943





Le Ier R.T.M transporté d’Alger à Ajaccio sur des navires de guerre entre le 15 septembre et le 26 septembre, est arrivé en Corse sans un animal, sans un véhicule, sans cuisine, sans récipients collectifs à eau, sans bagages.

Deux jours après le début des opérations, 2 sections de 37 tractées avec des moyens réduits l’ont rejoint dans la région de PIEVE.

Les 600 animaux du régiment et les véhicules de transport devaient être remplacés par 120 mulets italiens et 30 camionnettes italiennes de I tonne. En fait, le nombre de mulets italiens utilisables mis à la disposition du régiment n’a jamais dépassé 100- soit I/6 de la detation normale. Le nombre de camionnette disponibles n’a pas, sauf le 28 , dépassé le chiffre de 20. Pour suppléer à cette insuffisance de moyens de transports il a été fait appel aux animaux civils. Mais, autre que ceux-ci n’existaient qu’en nombre limité ( une centaine à la fois) il a fallu utiliser des bâts dépourvus d’étrier et, souvent, de corde de brélage.

Ces moyens réduits n’ont jamais permis de faire face à tous les besoins des unités qui ont dû dans la plus part des déplacements faire transporter à des hommes une partie de l’armement collectif et des munitions de cet armement.

Ce manque de moyens à continuellement et lourdement pesé sur le développement des opérations dont le rythme à parfois été ralenti faute de vivres et de munitions.

Il a egalement ete necessaire, dans certains cas, de tenir compte de l'effort physique surhumain exige de la troupe et des cadres.

Les 8/10 des moyens de transmission radio ont cessé de fonctionner, faute de piles, 48 H. après le début des opérations.

Le réseau téléphonique civil remis en état par le service des transmissions du Régiment à rendu des services, mais n’a pu remplacer la radio, seul moyen de transmission utilisable en montagne.

Il semble que l’arrière aurait pu faire un effort pour venir en aide au régiment, au lieu de le priver de moyens déjà insuffisants.

Etalé sur plus de 10 Km. Pour assurer la sécurité de ses voies de communications, tout en constituant sa progression vers BASTIA le régiment était pratiquement incommandable à partir du 2 octobre faute de moyens de transmissions et de transport (mulet).

Opposé à un ennemi qui manquait d’infanterie et ne réagirait la plupart du temps par le feu de ses canons et de ses mortiers et de son aviation le régiment malgré ses infériorités ne courait pas grand risque.

Il paraît cependant utile d’attirer l’attention du commandant sur la nécessité de n’engager les unités qu’avec leurs moyens au complet.

P.C. Le 11 Octobre 1943

Le colonel de BUTLER, Cdt. Le I° R.T.M









Etat Major du 1er R.T.M. en Corse a Oletta , mars 1944.











Hommage du General Duchatelle au General de Butler en 1967. Le General Duchatelle etait Lieutenant avec le 1er RTM pendant la campagne de France en 1940 ou il s'illustra. En 1943 il participe a la campagne de Corse comme Capitaine de la 6eme cie du 2eme bataillon.

Drapeau nazi de la kommandantur de Bastia donne au Colonel de Butler par les Tirailleurs du 1er R.T.M. en octobre 1943 lors de la liberation de la Corse.






Oletta, quartiers d'hiver du 1er R.T.M. en 1943 et 1944




© Ralph & Serge de Butler




Ceremonie du 60eme Anniversaire de la Liberation de la Corse par le 1er R.T.M. au Col de San Stefano le 30 septembre 2003




Le General Jean-Jacques de Butler (1893-1984)



Rapport officiel du Lieutenant-Colonel Boyer de Latour du Moulin sur les operations de Corse par le 2eme G.T.M. en 1943.